3 Dec 2013

L’UE et l’Afrique: pour un partenariat au service de l’efficacité du développement

Par El-Sadate SAID OMAR. Le partenariat est une relation dans laquelle au moins deux parties ayant des objectifs compatibles s’entendent pour faire quelque chose ensemble. Cela suppose […] le partage des ressources, du travail, des risques, des responsabilités, de la prise de décisions, des pouvoirs, des avantages […]. Cette relation nécessite confiance, parité et adhésion de tous pour réussir les actions collectives. Dans le cadre de la coopération internationale, le partenariat paraît un concept idéologico-politique ferme qui véhicule tout un ordre politique et modèle un « espace de sens », c’est-à-dire, un ensemble de valeurs et d’intérêts communs, produits et partagés par des sociétés politiques qui ne sont ni égales ni homogènes mais qui aspirent à se projeter collectivement dans le champ international à des fins d’affirmation identitaire ou stratégique. Alors quels seraient, à travers la Stratégie commune Afrique-Union européenne (UE), les éléments à encourager pour promouvoir une relation efficace et relever les défis du développement et au-delà ? Le sommet UE-Afrique d’avril 2014 est donc l’occasion de repenser ce partenariat, de coordonner les points de vue de part et d’autre afin de se focaliser dans les domaines prioritaires tels que l’aide pour le commerce et la coopération décentralisée. Mais auparavant, un rapprochement institutionnel Afrique-UE s’avère primordiale.

A -Nouvelle conception pour un rapprochement institutionnel Afrique-UE

La nouvelle conception dont il est question appelle désormais, du côté de l’UE, à considérer l’Union africaine (UA) comme son égal en Afrique. Ici, nous reprenons les propositions faites par Marie-Laure de Bergh :

1- L’UA doit être intégrée dans tous les niveaux du dialogue sur toutes les questions, y compris la dimension commerciale du partenariat,… ;

2- Pour un « cadre de dialogue plus cohérent » : a- rencontres politiques de la troïka ministérielle conjointe UE-UA (2 fois/an) ; b- maintien des rencontres techniques (2 fois/an) et politiques (1 fois/an) entre Commission européenne (CE)-Commission de l’UA (CUA) ; c- Sommets de Chefs d’Etat et Gouvernements réguliers pour donner une grande impulsion au partenariat ; d-encourager l’engagement concret des Communautés économiques régionales (CER) [à travers le NEPAD] au niveau africain ainsi que l’intégration des politiques bilatérales des Etats membres européens et africains dans ce cadre stratégique élargi ;

3- Enfin, un « processus de suivi inclusif » avec les principes de « responsabilité conjointe », « dimension multi-acteur », « discussion politique sur le suivi », « intégration des différents niveaux de dialogue » et « mise en œuvre » parait nécessaire. Ici, les Etats membres, les Parlements panafricain et européen, les parlements nationaux (si possible), les collectivités locales et la société civile devraient jouer un rôle important en permettant un débat plus large et plus politique […].

B - Aide pour le commerce : vecteur de développement

L’aide pour le commerce demeure un instrument idéal pour développer les institutions et infrastructures y relatives, encourager l’insertion des pays africains dans l’économie mondiale et de lutter contre la pauvreté. C’est le maillon qui fera du commerce le véritable moteur du partenariat. Néanmoins, nous pensons que les stratégies de négociations et de mise en œuvre de cette aide doivent être revues en profondeur pour que celle-ci soit approchée sous l’angle purement développement. Suivant cette logique, elle devrait être mise en œuvre par le DG Dév du fait que c’est à elle que revient les questions de développement.

De sa part, l’OCDE estime que pour accroître l’efficacité de l’aide pour le commerce, il est indispensable d’appliquer de façon complète et rigoureuse les principes d’efficacité de l’aide énoncés dans la Déclaration de Paris pour entre autre :

- Favoriser des synergies entre le commerce et d’autres aspects de la politique économique ;

- Renforcer l’appropriation par les pays, s’aligner sur les stratégies nationales et harmoniser les procédures des donneurs ;

- Améliorer la coordination et la cohérence de l’aide pour le commerce avec les stratégies d’aide globales ;

- Renforcer la gestion axée sur les résultats et la responsabilité mutuelle, etc…

C - Les partenariats multi acteurs à travers la coopération décentralisée (CD)

La CD s’affirme aujourd’hui comme une panacée à la coopération internationale, longtemps dominée par les seuls Etats. L’UE (comme la plupart des Etats en Afrique) la définit comme « tout programme conçu et mis en œuvre dans le pays du Sud ou de l’Est par un acteur de la société civile » : ONG, coopérative agricole, groupement féminin, syndicat, ou pouvoirs publics locaux. Dans cette optique, le partenariat entre l’Afrique et l’UE devrait solliciter davantage la participation active de tous ces acteurs dans le cadre d’une politique inclusive.

La CD a pour principal objectif de promouvoir le développement local. Ceci est facilité par le rapprochement des populations et des institutions, par l’établissement de partenariat multi acteurs pour le développement entre les pouvoirs publics nationaux et locaux, le secteur privé et les organisations de la société civile pour mieux répondre aux besoins locaux. Par ailleurs, la CD promeut les valeurs de « réciprocité », parité, confiance et adhésion, lesquelles sont nécessaires aux processus de décentralisation, de gouvernance local et de développement local grâce auxquels la lutte contre la pauvreté deviendra possible en Afrique.

Conclusion

Le partenariat entre l’Afrique et l’UE n’aura de valeur que si les deux acteurs s’animent de la volonté de surmonter leur frilosité politique et de parvenir à des objectifs partagés. De ce fait, les politiques définies en matière de paix et sécurité, démocratie et bonne gouvernance, commerce et développement, dialogue politique et rapprochement institutionnel, etc., ne sauraient produire des effets positifs que si le respect de valeurs et principes qui guident ce partenariat dont les maîtres-mots seraient « réciprocité », « parité », « confiance » et « adhésion » seraient observés.

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Photo par dsleeter_2000.

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